Et les deux grands-pères qui dansent - avril 2025
- samyapelloquin
- 10 juil. 2025
- 3 min de lecture
J’interroge mes racines
Mon mélange génétique me pousse à des questions
Oui je n’ai pas trouvé pas de modèle dans mon pays
Mon pays ne propose pas
Il écrase et tait le secret de son empire perdu
Dans la grande histoire française
Des points de suspension
A la place d’une partie de moi
Dans la grande histoire
Des humains aux gardes à vous
Haine contre haine
Après un désert de déni
Et les points de suspension que personne ne rempli
Il a dit le Général refermer la boîte à chagrin
Dans le secret des familles
Les boîtes pleurent la déchirure
La France ne parle pas des boîtes
Serrures sur les récits
Je te raconte une petite histoire
Celle qui existe même si la grande n’en parle pas
Un mutisme d’expatriés
Trois petits points…
Et les deux grands-pères qui dansent
En parlant de légumes
Eux ils voulaient les faire parler de guerres
Grand pères pistolets, non
Ce n’était pas ça
Cela n’a jamais était ça
Grands-pères légumes
Les yeux remplis d’amour pour les salades vertes bien fraîches
Bleus les yeux
Lui elles sont bonnes mes tomates
Noir les yeux
Lui xodra minhra
Les deux langues
parlent de légumes
Parlent des oiseaux
Aiment la terre
Lui grand-père souriant,
Il pense aux amandiers qu’il ne reverra plus, déterrés
Toujours un peu de tristesse dans le fond des yeux
Ses Terres disparues
Il pleure et il sourit en même temps
Rien ne peut arrêter la vie qui sourit
Même pas les pistolets
Des enfants et des petits enfants en pagaille
C’est son terrain
Sa fierté, celle qui ne lui ont pas volé,
Dans une France boudée
Jamais appris les mots
Dur les mots avec des peuh, que, reu
Dur de se soumettre encore une fois
Garder un peu d’Algérie juste un peu
Dans une France qui ne veut pas de toi
Les deux grands-pères, fiers
Lui un chêne centenaire depuis des générations
Ne quitte pas son jardin
Fait son vin,
Jamais dit oui aux pistolets,
Exporté sans trop savoir pourquoi
En réserve le temps des combats
Juste les casernes, vues et retour chez soi ?
On ne saura car à table on ne parle pas
Papi, jeddi
Lui le pistolet sous la gorge
La grande histoire l’a forcé
Enlevé chaque racine d’amandiers
Une par une
Et vite la grande histoire presse
Juste le temps de prendre les bijoux
Trouvé un abri mais où ?
Aucun bord de la méditerranée ne veut de toi
Fuir sans savoir
Adieu maison, adieu les amandiers, adieu le soleil doré
jeddi, papi
Quand on mélange du bleu et du jaune
C’est vert
Je suis verte moi !
Ouverte moi
Famille légumes et pas pistolets
Française ?
Je suis française moi !
Mais pas tout à fait
Les trois petits points…
Vous avez des origines non ?
La France te le dit couteau sur la voix
Tu n’es pas française toi.
Alors je cache, je me faufile
Ne pas le dire trop fort
Et la télé boîte féroce continuant à asséner ses coups
Intégration !
sans faux pas !
Racisme à tout va
La France te le dit couteau sur la voix
Tu n’es pas française toi.
Ah non ! je suis verte vous savez !
Je suis verte pomme de mes grands-pères légumes
Nourrit par la patience de la terre
Celle qui donne
Peu importe le nom alloué aux Hommes
Héritiers des terres volées
Et toi tu as combien de couleurs ?
Je suis algérienne déracinée
Innomée par la Grande France
Sans désignation je pars en quête
Je suis verte-fière de ma famille mélange
Deux sillons de famille
Pas les mêmes graines
Ils ne se sont pas trop croisés les sillons
Grands-pères fiers
Pas toujours facile d’accueillir
Si personne ne t’aide à soulever le couvercle
Lourde la parole du chagrin dans la boîte
La honte dessus
Lourde encore
Ils ont bien gardé les sillons les grands-pères
Bien droits dans leurs terres
Et moi, fruit vert
Je porte leur mémoire
Bercé d’amour vert j’ai vu
Ils n’ont jamais dénigré les grands-pères,
Jamais critiqué,
Respectueux au-delà des pistolets
Dégoûté sans le dire
De l’amertume qui suinte dans les souvenirs
Le mélange prend du temps
Je porte la voix
bleu et jaune
Le ventre noué en pensant aux grands-pères
Surtout celui qui a perdu surtout
Une vie de liberté dans le souffle chaud des amandiers
Contre un petit appartement meublé d’exil
Il aurait suffi d’en parler du chagrin dans la boîte
Je porte la voix
Pour mes grands-pères légumes
Ouvriers des blessures
Pour réparer les joints sur les mémoires fissurés
Rebâtir le pont solide
Pour traverser ma rivière verte.
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